Frédéric Boyer : LÀ OÙ LE CŒUR ATTEND

Là où le cœur attend
LÀ OÙ LE CŒUR ATTEND
Frédéric Noyer


P.O.L., 2017, 188 p., 15 €

« Là où le cœur attend » est une citation tirée du livre des Lamentations de Jérémie. Elle est la clé de ce petit livre, qui porte une méditation sur l’espérance, l’espérance et non l’espoir. Tout l’effort de l’auteur a été de retracer par quel chemin il est passé du désespoir, du chagrin, de la déréliction à l’espérance. Comment traduire cette démarche existentielle ? Il n’y a là rien d’un exposé didactique, d’un cours de théologie, ou de l’étude bien ficelée d’un thème accrocheur.
Dans le scandale, le paradoxe, l’ironie, la faiblesse, l’attente, la patience… ainsi se découvre l’espérance. L’espérance est le combat de celui qui affronte la radicale incertitude de l’existence et qui tient au plus profond de l’épreuve le haut de la situation. Car « le réel qui ne se laisse pas saisir est le lieu imparfait de notre espérance », « l’espérance est ce que nous possédons quand tout nous possède et nous écrase », « le temps de l’espérance est le présent » et non un futur brumeux et radieux. L’espérance inquiète notre temps, un temps qui est également sans louange et sans merci, parce qu’elle est un non-savoir et parce qu’elle est contraire à la possession. Parce qu’elle est fondée sur une parole de gratuité, ce qui interroge une certaine organisation du pouvoir et de l’économie du monde. L’espérance est reliée à la dignité de la personne et de toute vie temporelle : dans l’Épitre aux Hébreux, l’espérance qui est confessée et reconnue est l’objet d’une affirmation de soi.
Il serait facile de multiplier les citations... mais ce serait réducteur pour rendre compte de la richesse de ce texte qui nous parle directement, intimement Il se déploie en cercles successifs, dans une langue limpide, savoureuse et imagée, et à travers une lecture au plus près des Écritures, de Job évidemment, mais pas uniquement.
Compte-rendu de Dominique Viaux, paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018

Jean Baubérot, Micheline Milot : PARLONS LAÏCITE en 30 questions



Parlons laïcité en 30 questionsPARLONS LAÏCITE en 30 questions

Jean Baubérot, Micheline Milot
La Documentation française, 2017, 90 p., 5,90 €

Après le Petit manuel pour une laïcité apaisée, à l’usage des profs, des élèves et de leurs parents, qui parlait essentiellement de la laïcité à l’école, Jean Baubérot s’est attaqué à la notion de laïcité en général. C’est un livre à mettre entre toutes les mains, car il répond à des questions que se posent beaucoup de personnes, des questions aussi variées que : « la définition de la laïcité ? », « le statut des édifices du culte ? », « l’islam est-il compatible avec la laïcité française ? », « la morale laïque est-elle la morale des athées ? », etc.
Après une introduction historique et une réflexion sur « laïcité et esprit critique », chaque question est traitée en quelques mots qui présentent deux ou trois points importants sur la page de gauche et, en face, trois ou quatre encadrés expliquant certains points particuliers. Ainsi, à la question « En quoi consiste la loi de 2004 sur l’école ? », la page de gauche indique « les origines de la loi » et « la commission Stasi et la circulaire », et celle de droite « que dit la loi ? », « l’affaire de Creil (automne 1989) » et « le saviez-vous ? » (rappel d’une discussion sur le port de la soutane en 1905).
À diffuser...
Compte-rendu d’Antoinette Richard, paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018

Gilles Kepel : LA LAÏCITE CONTRE LA FRACTURE ?




La laïcité contre la fracture ?LA LAÏCITE CONTRE LA FRACTURE ?
Texte issu des Rencontres de la laïcité, Toulouse, 2016
Gilles Kepel
Privat, 2017, 105 p., 9,80 €

Ces rencontres de la laïcité sont organisées par le Conseil Départemental de la Haute-Garonne, et c’est le président de ce Conseil qui a rédigé la préface de ce livre.
L’A. est bien connu pour ses nombreuses études sociologiques sur l’islam et les musulmans, en France et aussi dans le monde. Pour lui, nous en sommes au « djihad de troisième génération ». « La première phase, de 1979 en Afghanistan à 1997 en Egypte et en Algérie notamment, voit des mouvements politico-religieux lutter par la violence armée contre des régimes ‘apostats’ » ; si en Afghanistan c’est un succès, ce ne l’est pas ailleurs : « les sociétés musulmanes... vont refuser de suivre les djihadistes dans leur violence ». Donc Ben-Laden, au lieu d’attaquer les « régimes ‘apostats de l’Islam’ », va s’en prendre à « l’ennemi lointain, l’Amérique... pour montrer que l’Amérique est un colosse aux pieds d’argile ». Et c’est le 11 septembre... Mais cela n’a pas eu les effets escomptés.
Et c’est maintenant le djihad de troisième génération : « c’est l’Europe qui doit être la cible, identifiée dès lors comme le ventre mou de l’Occident ». Pour cela « il faut recruter des jeunes enfants d’immigrés et convertis musulmans européens, leur suggérer de construire un djihad de proximité » et ce sont tous les attentas de 2015 et 2016 : il s’agit de « terrifier les populations...elles ne peuvent pas se défendre, et... galvaniser des troupes pour mobiliser des sympathisants ».
L’A. analyse ensuite les effets sur la société française et ses fracturations, la façon dont, par exemple, la société française a semblé unie dans le refus de la violence après l’attentat de Charlie-Hebdo ; cependant, on s’est aperçu ensuite que des gens disaient « je ne suis pas Charlie » et que des élèves refusaient la minute de silence ; ou bien la façon dont des détenus musulmans traitent les auteurs de l’attaque du Stade de France de « barjots », mais concluent qu’il y a eu là une « conspiration du Mossad israélien ».
En conclusion, que faire ? L’A. refuse de dire ce qu’il faut faire pratiquement, c’est le travail des politiques, pas des sociologues. Mais il indique des pistes : essayer de comprendre quel est le terreau du djihadisme : la relégation dans les « banlieues » où « le taux de chômage est de 40 % pour ceux qui sortent,... l’économie informelle... des savoirs apportés par l’école qui ne permettent pas... de se construire des valeurs ».
« L’incantation laïque, si elle n’est qu’incantation, n’a aucune chance d’être entendue... le projet laïc se construit sur l’éducation », il faut que celle-ci débouche « sur les emplois nécessaires »: c’est la piste sociologique. L’autre piste, la piste psychologique, est celle qui constate que presque toujours, dans les familles où se recrutent les djihadistes, le père est absent, d’où paupérisation de la famille et manque de figure d’autorité. La troisième piste est celle de l’analyse doctrinale de façon à empêcher l’aboutissement du projet djihadiste qui est celui de la fracturation de la société.
Compte-rendu d’Antoinette Richard, paru dans la revue LibreSens n°235 de janvier-février 2018