Valérie Duval-Poujol, Christian Krieger : UN NOUVEL ÉLAN POUR LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE

UN NOUVEL ÉLAN POUR LA FÉDÉRATION PROTESTANTE DE FRANCE
Valérie Duval-Poujol, Christian Krieger
FPF/Olivétan, 2017, 128 p., 13 €

La Fédération Protestante de France, organisme un peu étrange, a toujours eu du mal à se définir. Cette difficulté s’est accentuée avec l’admission de nombreuses Églises « évangéliques » et s’est focalisée au moment où l’Église Protestante Unie de France a ouvert la possibilité de bénédiction de couples de même sexe. D’où la création d’un groupe d’enquête et de réflexion et de propositions qui a été menée par les auteurs de cette publication qui y livrent leur rapport sur la consultation de diverses Églises et Œuvres et groupes ainsi que leurs propositions d’avancée. Cet ensemble a été approuvé par l’Assemblée générale de la FPF de fin janvier 2017 en une résolution intitulée « un nouvel élan ».
Après une introduction de François Clavairoly, l‘ouvrage commence par le texte de cette résolution. Suit la description de la méthode de la consultation et une analyse des difficultés tenant au fait que la FPF est une fédération d’Églises, et d’œuvres, mais n’est pas une Église, avec pourtant la visée d’une communion entre tous. Cette double caractéristique diversement appréciée selon par membres est source de tensions. Le rapport propose de concentrer la fonction de la FPF sur la représentation du protestantisme vis à vis des autorités et la défense de ses intérêts, en y associant le Conseil National des Évangéliques de France. Il faut certes aussi favoriser une meilleure connaissance mutuelle des membres de la FPF, en particulier au niveau local. L’expression d’une communion visible (accueil mutuel à la Cène) devrait être une visée mais non une obligation. La mise en œuvre de ces orientations est détaillée en plusieurs pages de proposition de travail qui concluent le rapport lui-même. Y sont ajoutée trois contributions très intéressantes d’Elian Cuvillier, Louis Schweitzer et Jean-Paul Willaime.
 En annexe trois déclarations de la FPF de 2015 et 2016, les statuts de la FPF de 2016, sa charte de 2010 et les conditions spirituelles d’appartenance de 1979 et une chronologie de 1905 à maintenant. Un dossier indispensable pour tous ceux qui portent intérêt aux aspects institutionnels et représentatifs du protestantisme français.
Compte-rendu d’Olivier Pigeaud, paru dans la revue LibreSens n°232 de juillet-août 2017  

Olivier Abel : PIERRE BAYLE. Les paradoxes politiques

PIERRE BAYLE. Les paradoxes politiques
Olivier Abel
Michalon, 2017, 120 p., 12 €

Le fameux quatrain de Voltaire à propos de Pierre Bayle présente admirablement toute la complexité de ce personnage : il y est à la fois « celui qui enseigne à douter » et « celui qui se combat lui-même ». En un mot, celui qui ne cesse de vouloir faire dialoguer tous les points de vue.
L’œuvre de Pierre Bayle (1647–1706) a « souvent été considérée comme la matrice de l’Encyclopédie et des Lumières ». C’est dire la notoriété et l’influence de ce protestant aujourd’hui bien oublié qui s’exila à Rotterdam avant la Révocation de l’Édit de Nantes pour y écrire inlassablement.
Comment mieux le décrire dans son foisonnement intellectuel qu’avec ce jugement de Mathieu Marais : « Il avait plusieurs esprits ». En effet, dans une exploration rhétorique pleine de verve, n’hésitant pas à exposer des idées étrangères aux siennes pour les combattre avec entrain, Pierre Bayle a toujours cherché à comprendre le raisonnement d’autrui de l’intérieur. Pour mieux souvent s’y opposer.
C’est donc une pensée difficile à suivre que celle de cet auteur, philosophe averti.
Cependant, Olivier Abel, l’auteur de ce court essai, nous convie avec beaucoup de clarté à entrer dans cette pensée. D’abord par une longue introduction éclairant le paysage politique, intellectuel et spirituel du siècle. Puis, dans un premier chapitre, en nous fournissant quelques éléments biographiques fondateurs de la démarche de Pierre Bayle, ainsi que la présentation de ses premières œuvres. Suit un second chapitre exposant successivement les œuvres de maturité. Chapitre plus complexe où la pensée de Pierre Bayle est analysée très subtilement. Un troisième et dernier chapitre nous ouvre à la présentation du Dictionnaire historique et critique, grand œuvre de notre philosophe. Les deux articles sur Milton et Hobbes y prennent une place conséquente.
Le recenseur a apprécié la lecture de cet ouvrage d’une grande clarté.
Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

Jérôme Cottin : QUAND L’ART DIT LA RÉSURRECTION

QUAND L’ART DIT LA RÉSURRECTION
Jérôme Cottin 
Labor & Fides, 2017, 196 p., 22 €

Un ouvrage exceptionnel qui donne à voir, entre le VIe et le XXIe siècle, huit œuvres réalisées sur le thème de la résurrection. Un très beau parcours qui allie l’herméneutique biblique et l’analyse de deux mosaïques et de six tableaux. La première étude porte sur la mosaïque d’abside de la basilique Saint-Apollinaire in Classe ; puis six tableaux aussi connus que le Retable d’Issenheim de Mathis Grünewald, le Christ en croix de Cranach l’Ancien et le Jeune, les pèlerins d’Emmaüs de Rembrandt, les disciples Pierre et Jean courant au Sépulcre au matin de la Résurrection d’Eugène Burnand, le semeur au soleil couchant de Van Gogh et dans un registre plus récent, Grande Résurrection du Christ II d’Otto Dix et Résurrection, étonnante et superbe mosaïque en suspension de Valérie Colombel.
L’ouvrage n’est pas une description technique ou structurale des œuvres, mais, bien plus, une réflexion qui porte sur ce qui est à voir et le rapport entretenu avec le texte biblique. On comprend à quel point Calvin devait être irrité par la profusion des crucifix, calvaires et autres tombeaux. Et de fait les artistes réformés s’abstiennent de telles représentations. Rembrandt, Burnand ou Van Gogh préfèrent l’éclat de la lumière et la réflexion sur ce que rapportent les Écritures des évènements, miracles, transfiguration, guérisons… La lumière, l’illumination, le soleil ou le contre-jour seront davantage choisis pour finalement rejoindre l’Écriture par le montré-caché qui ouvre l’espace d’une réflexion au lieu d’imposer une dogmatique du regard. Ainsi les réformés souvent tenus pour des iconoclastes ont cependant inspiré des peintres plus prudents à l’égard de ce qui pourrait devenir objets d’idolâtrie ou d’adoration en puisant leurs images dans la méditation des Écritures. Leur lecture de la Bible les conduit à écarter de leur peinture l’attirail religieux (catholique, en un mot) pour se rapprocher de l’humanité des personnages et de la normalité de la nature. Ce n’est pas la résurrection qui est montrée mais ses effets : l’étonnement, la frayeur puis ce que l’on peut appeler l’ensoleillement des êtres, leur accès au monde nouveau de l’espérance.
Ce que le livre propose c’est de découvrir la force spirituelle de quelques œuvres qui témoignent autant de l’art de leurs auteurs que de leur compréhension du texte biblique. Par la discrétion des images religieuses, ils rejoignent une théologie du process, d’avancée au-delà des catéchismes établis.
Le choix, en dernière analyse, de la mosaïque de Valérie Colombel, Résurrection, vient confirmer, dans notre modernité, cette permanente éclosion qui accompagne les artistes, croyants ou non, lorsqu’ils procèdent à l’interprétation des textes. Ils font naître, au cœur de ceux qui les contemplent, de vivifiantes questions. Le livre ne s’achève pas par un épilogue mais par un « élargissement » qui permet au lecteur, sur le plan biblique, théologique ou esthétique, de continuer son chemin.

Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

James Woody : VIVRE LA LIBERTÉ

VIVRE LA LIBERTÉ
James Woody 
Cerf, 2017, 211 p., 16 €

Un livre qui devrait susciter l’enthousiasme tant il est habité par la joie qui procède de la lecture biblique, de l’écoute de l’hébreu ouvert à tant de différances, comme aurait dit Derrida, de l’attention à tant de nuances décisives de l’Évangile. L’auteur qui fait entendre aussi la mélodie de poètes comme Louis-René des Forêts, Paul Celan... Le décalogue prend un tout autre visage qu’un texte peint sur les murs et ne donnant à penser qu’à des interdits. À chacune de ces dix paroles on a envie d’ajouter « liberté, j’écris ton nom ». Ces paroles sont comme la démonstration de la déclaration initiale : « libérés de la servitude ». Vivre la liberté c’est s’éloigner de tous les dogmatismes, de toutes les contraintes religieuses ou politiques, et surtout témoigner de cette liberté sans chercher à contraindre les autres à s’acheminer vers on ne sait quel horizon radieux. La liberté est proclamée et demeure le résultat d’une démarche individuelle. Point là de stratégie idéologique ou religieuse visant à conquérir des masses. Souvenir, pourrait-on dire, de Georges Crespy qui, devant des jeunes réunis en Hollande, affirmait que « ce n’est pas le nombre qui compte », ou de Paul Ricœur appelant à la responsabilité et à la justice de chacun.
Ce que James Woody fait entendre ici ce sont toutes les harmoniques d’une liberté, tous les secteurs de la vie menée aujourd’hui, chargée de contraintes, de menaces, de déterminismes réels ou imaginaires. On apprend, par cette leçon, à lire et à pratiquer l’Évangile autrement que dans le carcan d’une tradition qui s’est voulue infaillible. C’est maintenant dans les couleurs d’une découverte de sens et de possibilités non perçus qu’il convient de s’acheminer. Oui, la vie peut être autre qu’écrite d’avance, parcourue des rides du chemin parcouru et de la résignation devant les déploiements de l’hybris (la démesure) qui se déploie parmi les nations.
La résistance à toute prétention à dominer le monde fait partie de l’existence sans que toujours l’étiquette chrétienne soit revendiquée. La Bible n’est pas à proprement parler un livre religieux qui conviendrait à des liturgies, des pèlerinages ou des options sur un autre monde. Elle est, pour tout vivant, source de liberté, de créativité, de joie partagée dans l’ici et maintenant de l’existence. Ce ne sont pas les images de la maladie, de la faute et de toute cible non atteinte qui accompagnent la vie et lui donnent sa saveur, mais la liberté assumée dès que - toute lecture faite - Jésus s’éloigne et que le Christ habite tout en tous. Un beau livre qui réconcilie avec la Bible, depuis le parcours abrahamique jusqu’à la Voie indiquée par le Christ.
Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

YvesBertrand : LA NAISSANCE DE LA MODERNITÉ ET DE L’AMÉRIQUE

LA NAISSANCE DE LA MODERNITÉ ET DE L’AMÉRIQUE
Impact de la Réforme
YvesBertrand
Chronique Sociale, 2017, 151 p., 12,90 €

Curieux ouvrage que celui-ci. Dans tous les sens du terme.
Il est tout d’abord le fruit d’une intense curiosité : de John Wycliffe en Angleterre au XIVe siècle jusqu’à 1632, date à laquelle la Nouvelle-France devient française, nous sommes pris dans un tourbillon d’apparitions de personnages historiques les plus divers. Et, simultanément, le plus souvent familiers pour beaucoup d’entre nous ! Ouvrage curieux également par l’aspect mini Encyclopédie de ces dizaines d’articles successifs, chacun s’attachant à présenter minutieusement un de ces personnages et à analyser ce qu’il ou elle a apporté à la modernité.
Jan Hus, Gutenberg, Manuce, Mercator, Erasme, Luther, Calvin... ou autres très nombreuses figures font ainsi l’objet d’une vignette plus ou moins longue, clairement écrite, admirablement référencée, d’une grande précision.
Ouvrage curieux aussi de l’environnement historique, géographique, culturel, intellectuel ! Tout lettré y retrouvera une mise en perspective des faits contemporains dont il retrouve ici la cohérence. Le passage de Constantinople à l’Italie, du médiéval au monde moderne y est particulièrement bien développé.
Le recenseur s’est réjoui de voir apparaître dans cet ouvrage nombre de figures féminines : Anne de Bohème, Isabelle d’Este, Lucrèce Borgia, Renée de France jusqu’à la marquise de Guercheville !
Oui, cet ouvrage montre bien « la transformation fondamentale de l’organisation sociale et culturelle » (davantage que religieuse) de l’Europe d’alors.
Une bibliographie exemplaire clôture ce délicieux ouvrage qui, d’une lecture agréable, saura nous remettre en mémoire nos humanités.

Compte-rendu de Pierre Reboul, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017
LE JOUR OÙ LUTHER A DIT NON
Anne Soupa
Salvator, 2017, 220 p., 20 €

Au milieu de l’abondante littérature concernant Luther, particulièrement fournie en ces temps de commémoration des 500 ans de la Réforme, ce livre a deux particularités. C’est un roman. Il touchera donc un public différent de celui des ouvrages strictement historiques ou théologiques. Il est écrit par une catholique, ancienne rédactrice en chef de la revue Biblia, cofondatrice du Comité de la jupe et de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones.
Ce roman raconte les rencontres capitales entre Martin Luther et le très important cardinal Cajetan à Augsbourg, en octobre 1518. Ce cardinal, intelligent et sincèrement très romain, a pour mission papale de faire renoncer Luther à ses critiques virulentes contre les indulgences. Nous assistons à la préparation des débats, aux trois rencontres chez les Fugger et aux suites immédiates du dialogue qui n’a pas pu avoir lieu. Nous assistons aussi aux difficiles échanges entre Jacob et Sybille Fugger chez qui ont lieu ces rencontres et qui sont d’avis très divergents. Lui soutient l’autorité papale et elle l’authenticité de Luther.
Le style narratif est agréable, l’auteure a bien étudié et les lieux et la situation générale de l’époque ainsi que les données que nous avons sur cet événement. Les convictions de Luther sont bien présentées. Peut-être ne sent-on pas totalement le soubassement existentiel de sa théologie, mais il ressort indirectement de l’expérience et des réflexions, sans doute imaginées, de Sybille Fugger. C’est bien qu’une femme ait une place notable dans ce roman !
L’auteure, qui a pris visiblement le parti de Martin Luther, termine par une postface qui lui permet de dire à quel point le débat d’alors est dépassé sur le fond, mais en partie actuel face aux blocages institutionnels. Elle espère que dans un certain temps « de schisme il n’y aura plus ». Ce sont ses derniers mots. Un livre donc à recommander très largement.

Compte-rendu d’Olivier Pigeaud, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

REINHOLD NIEBUHR. La lucidité politique d’un théologien américain
Henry Mottu 
Olivétan, 2017, 158 p., 14 €

L’ouvrage témoigne de la conscience politique de Reinhold Niebuhr, théologien conséquent au sens aigu de la responsabilité, à une époque où se préparaient les pires drames de l’Europe. Entre l’Anschluss hitlérien, la Shoah et Hiroshima, comment trouver des voies qui soient cohérentes avec la foi chrétienne ? Fallait-il préconiser, envers et contre tout, une attitude pacifiste, se persuader que l’Église n’avait pas son mot à dire sur le terrain politique et qu’elle devait se tourner vers le ciel. Beaucoup de chrétiens ont adopté cette attitude et ont ainsi participé à la ruine de l’Europe. C’est tout à fait à ce propos que l’on trouvera en fin de volume, sous le titre « la mort d’un martyr », un témoignage de Reinhold Niebuhr sur son élève Dietrich Bonhoeffer. Ce fut l’époque où Karl Barth, Martin Niemöller, Dietrich Bonhoeffer… s’efforçaient de retrouver le courage nécessaire pour faire face au désastre. Cet ouvrage, qui se voudrait témoignage d’un temps d’épreuve extrême, pour nous devenue lointaine, trouve aujourd’hui l’encouragement à un esprit de résistance qui a tenté de sauver ce qui le pouvait encore. Roosevelt ne s’est pas résigné. En notre temps, Obama était aussi lecteur attentif de Reinhold Niebuhr. L’enthousiasme théologique de Reinhold Niebuhr était considérable, soutenu par la foi en le sens de la vie et un optimisme qui ne cessait d’envisager des lendemains de reconstruction, de redécouverte de la sagesse perdue au-delà des pires dérives de l’histoire mondiale.
C’est aussi un témoignage, au cours de ces années de détresse, de l’engagement et de la concordance des attitudes et des paroles des théologiens protestants sans distinction de leurs cheminements propres. Reinhold Niebuhr, Dietrich Bonhoeffer dont les écrits nous restent de solides sources de réflexion, Karl Barth et les circonstances de la déclaration de Barmen en Allemagne, Paul Tillich exilé aux États-Unis…
Un ouvrage à lire avec d’autant plus d’attention que nous traversons aujourd’hui de nouvelles zones de turbulences.

Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

Olivier Finet : ALBERT FINET ET LE JOURNAL RÉFORME

ALBERT FINET ET LE JOURNAL RÉFORME
Par respect pour la vérité
Olivier Finet
Préface d’Antoine Nouis
Ampelos (Engagés !), 2017, 118 p., 12 €

Pouvoir resituer Réforme, hebdomadaire protestant d’actualité, dans son contexte historique, est une chance pour ses lectrices et lecteurs qui s’y plongent depuis 72 ans. Le livre consacré à son co-fondateur, directeur pendant 25 années, Albert Finet, par l’un de ses six enfants, Olivier avec l’aide de la famille, est bienvenu.
Il commence par des pages familiales, plutôt documentaires. Il poursuit par l’aventure du journal, donc l’exigence d’un regard aigu sur l’actualité politique et sociale, biblique et économique, culturelle et spirituelle, éthique..., à travers la liste (bien sûr incomplète) des mémorables collaborations et de leurs contextes. Autour d’Albert Finet, comme pivot à forte personnalité, Réforme est devenu une sorte de boussole protestante. Elle n’impose rien, mais propose des perspectives qui nourrissent réflexions et débats (parfois enflammés) cherchant de la vérité : « ...nous ne prétendons jamais posséder la vérité... Mais que la vérité nous possède... qu’elle soit notre quête, notre espoir... »
Les pages qui reproduisent le numéro, seulement ronéoté, pendant les grèves et la crise de mai 1968, est un document éclairant. La liste des directeurs suivants est un complément utile : merci à eux.
Au plus proche de l’actualité, les plumes rassemblées par Albert Finet (puis ses successeurs) prennent le recul nécessaire, grâce notamment à l’influence de Karl Barth. On pense à sa perspective : lire à la fois la Bible et le journal ! D’où une réflexion et une action, ensemble libres et responsables.
La préface d’Antoine Nouis, lui-même ancien directeur et toujours acteur de Réforme, présente bien la richesse du labeur d’Albert Finet, « ...défi de confronter la parole de l’Évangile aux défis de l’actualité ! ... Il a été au cours de débats qui ont traversé cette époque : guerre froide, libération des femmes, divorce, contraception, avortement, nucléaire... (et bien d’autres : décolonisation, Europe...), cette volonté de fidélité à l’Évangile et à l’Église, une fidélité à la rencontre entre la Parole de Dieu et les paroles humaines. »
Cette fidélité ne peut qu’encourager la Rédaction actuelle de Réforme. Aux lectrices et lecteurs de manifester cette fidélité en créant leurs propres débats à partir de Réforme. Et en trouvant à leur tour de nouveaux abonnés !
Compte-rendu de François Coester, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

LA SAGA BOST. Une famille protestante (XVIIe - XXIe siècle)

LA SAGA BOST. Une famille protestante (XVIIe - XXIe siècle)
Patrick Cabanel et Laurent Gervereau (dir.)
Labor & Fides, 2017, 356 p., 35 €

Ce très beau livre, abondamment illustré, est un exemple « du bon usage de la commémoration », comme l'écrit Patrick Cabanel. En effet, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de John Bost, plusieurs historiens ou critiques (onze contributeurs) se sont penchés sur les autres membres de sa famille qui s'étaient illustrés dans divers domaines. Dans un chapitre très intéressant, Cabanel replace la famille Bost parmi d'autres dynasties protestantes qui, de générations en générations, fournissent des cadres aux Églises, mais aussi des talents variés aux élites françaises. Il remarque qu'il y a une surreprésentation relative des élites dans les minorités confessionnelles, et il insiste sur le rôle des pasteurs dans la constitution des dynasties. On peut toutefois regretter qu'il ne rappelle pas combien de pasteurs les Bost ont donnés depuis Ami (1790 -1874). Ce père de John a eu dix fils dont six ont été pasteurs, cinq en France et un à Liège, qui eux-mêmes se sont multipliés... Avec Ami Bost, c'est toute l'époque du Réveil que fait revivre André Encrevé, nous montrant Ami en missionnaire « fatigué, triste et pauvre », sillonnant à pied la Suisse, la France, l'Allemagne, pour dire la bonne parole. En 1843, ce Suisse reprend la nationalité de ses ancêtres partis après la Révocation, et peut devenir pasteur en France. Sa femme Jenny et lui mourront trente-et-un ans plus tard, chez leur fils John, après y avoir fêté leurs noces de diamant. Ami a aussi composé des cantiques, paroles et musique. John est leur fils le plus connu. Deux articles lui sont consacrés, et un à Eugénie son épouse qui l'a tant secondé. Nicolas Champ explique comment se sont constitués les Asiles, avec quels financements, alors qu'Olivier Pigeaud cherche à analyser ce que fut le pasteur de paroisse que John a été pendant trente-sept ans à La Force, ce qui est difficile tant le fondateur des Asiles tend à occulter son rôle pastoral. L'autre fils d'Ami qui a droit à un chapitre, c'est le neuvième, Théodore, qui émigra aux États-Unis, avec l'espoir d'y faire fortune mais qui, hélas, malgré un travail persévérant, connut bien des métiers et bien des déboires. Il est à l'origine des Bost américains, comme d'autres fils d’Ami ont des descendants, de l'Ecosse à l'Australie !
 Sautons une génération, pour trouver Charles Bost, fils d'Elisée, le dixième fils d'Ami. Charles est pasteur et historien. On lui doit plusieurs livres sur le protestantisme dont son chef d'œuvre, Les prédicants protestants des Cévennes. Et à la génération d'après, ses trois fils Pierre, Charles-Marc, aussi historien, et Jacques-Laurent. À Pierre on doit de nombreux romans qui furent de grands succès, mais ce dont on se souvient le plus aujourd'hui c'est son œuvre de scénariste, notamment dans sa collaboration avec Aurenche. Quand on lit la liste des cinquante-trois films de sa filmographie, on y retrouve tous les succès inoubliables du cinéma des années cinquante. Son petit frère Jacques-Laurent a été pris « dans la spirale sartrienne » selon le titre fort juste d'Annie Cohen-Solal. C'est au lycée du Havre que, comme élève, il fait la connaissance de son professeur de philosophie Sartre, bien anticonformiste, début d'une amitié et d'une collaboration littéraire durable. Désormais « le petit Bost » est incorporé à cette « famille », ou plutôt contre-famille, où se mêlaient contributions littéraires et liaisons amoureuses, et dont les Mémoires de Simone de Beauvoir donnent une vision plutôt idéalisée. Encore une génération pour trouver Renaud, « le chanteur protestant », descendant aussi d'Elisée, et qui dit partager les valeurs protestantes d'humanisme, antiracisme et tiers-mondisme. Sa croix huguenote serait-elle alors authentiquement portée ?
 Les dernières contributions à ce beau livre parlent de la Fondation aujourd'hui (Christian Galtier), de ce que représente la création d'un musée « Maison John et Eugénie Bost » à La Force (Laurent Gervereau), et montrent les œuvres d'art réalisées par les résidents.
Compte-rendu de Barbara Lavigne, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017

Meinrad Busslinger : L’APPORT ÉCONOMIQUE ET CULTUREL DES HUGUENOTS AUX PAYS DU REFUGE

L’APPORT ÉCONOMIQUE ET CULTUREL DES HUGUENOTS AUX PAYS DU REFUGE
Meinrad Busslinger
Préface de Françoise Demole Dominicé
Ampelos, 2016, 197 p., 19 €

Il ne s’agit pas ici d’un sujet nouveau mais d’une très bonne synthèse à partir de nombreux travaux consultés. L’A. est un homme d’affaires international, passionné par ce sujet.
 Après un premier chapitre où il évoque les Réformes d’un point de vue religieux et politique, il développe, pays par pays, ce que les huguenots exilés ont apporté dans les différents États où ils se sont implantés. Leur apport a été militaire, notamment dans l’aide fournie à Guillaume III d’Angleterre. Il montre aussi le Grand Électeur incorporant avec les honneurs les officiers français dans son armée. L'apport a été aussi économique – souvent c’est l’aspect le plus cité – avec partout la multiplication des manufactures textiles, notamment pour des tissus rares dont les huguenots avaient les secrets de fabrication. On note aussi le développement des forges suédoises, l’essor de la culture du tabac en Brandebourg et au Danemark ; les cultures maraichères et les vignes en Afrique du Sud, les industries papetières en Angleterre et horlogères en Allemagne... Si la majorité des exilés était fort pauvre, un certain nombre de banquiers émigrés apportèrent des fonds et modernisèrent les circuits traditionnels de transfert d’argent. Ce fut la Grande-Bretagne qui en bénéficia le plus et la création de la Banque d’Angleterre en 1694 leur doit beaucoup.
Selon le degré de développement des pays, l’apport culturel des huguenots se différencie. C’est en Grande-Bretagne et dans les Provinces-Unies qu’hommes de lettres, scientifiques, théologiens, etc. furent les plus nombreux. Un certain art de vivre à la française se répandit en Europe avec la pratique de la langue française qui remplaça le latin comme langue d’étude, la cuisine, les vins, les produits et tissus de luxe, le mobilier, l’orfèvrerie… Tout cela annonce « l’Europe française au siècle des Lumières ».
 Un dernier chapitre, « Retour et prospérité des huguenots au pays d’origine », met en valeur quelques destins mais ne cite pas le décret de la Constituante sur le droit au retour. Une chronologie et un index, bien pratiques, complètent le livre.
Compte-rendu de Gabrielle Cadier-Rey, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017