TERRE CRÉÉE, TERRE ABÎMÉE, TERRE PROMISE

Terre créée, terre abîmée, terre promise
Écologie et théologie en dialogue
Olivétan/FPF, 2015, 94 p., 13 €

Ce mince ouvrage est une publication de la Fédération Protestante de France, soucieuse, à l'évidence, que le protestantisme ne demeure pas muet au moment où le sujet de l'écologie est dans tous les médias et où le pape lui-même a jugé bon d'intervenir. Il est fait d'une dizaine d'exposés rédigés par des spécialistes aux compétences diverses en la matière, dont plusieurs pasteurs et des personnalités catholiques.
Cela commence par une introduction biblique de Corinne Lanoir, assez curieuse dans la mesure où aucun auteur biblique n'a envisagé le problème écologique. Suivent des contributions abordant sans ordre des sujets retenant l'attention. Je cite Jean-François Mouhot observant que nous nous scandalisons de l'indifférence des bourgeois du XVIIIe siècle en présence de l'esclavage, cependant que nos contemporains ne voient pas d'inconvénient à acheter à vil prix des vêtements fabriqués aujourd'hui par des femmes esclaves au Bangladesh. Cet exemple montre bien qu'en matière d’écologie et de justice sociale, il n'est pas nécessaire d'être méchant ou malintentionné ; il suffit d'oublier de réfléchir et de mesurer à quel point nous sommes embarqués dans un mode d'existence où la consommation et le gaspillage vont de soi. J'ai noté aussi, dans une analyse de Jean 4 sur la Samaritaine, cette remarque qu'il y encore aujourd'hui bien des femmes contraintes de porter tous les jours des seaux d'eau pesants parce que l'adduction n'atteint pas leur maison. Le rapport entre écologie et spiritualité tient évidemment une grande place avec quelques vedettes abondamment citées comme Jean Calvin, Albert Schweitzer, Théodore Monod ou Jacques Ellul.
Le thème essentiel est le suivant : Ce qui importe avant tout c'est de passer de la stupeur et de l'angoisse devant l'énorme problème du devenir de notre planète à une pratique de responsabilité, que ce soit à l'humble niveau local et individuel ou à l'implication dans les structures agissant au niveau large et collectif. A vue humaine la situation est désespérante, mais la foi dans le Christ Jésus rend possible l'espérance. Ce livre donne à réfléchir et c'est excellent. Cependant, il aurait été juste de rappeler que la désacralisation de la nature, source de bien des abus, n'est pas, à la base, le fait de technocrates irresponsables mais du judéo-christianisme lui-même, soucieux de présenter Dieu comme extérieur au monde. Les animistes, eux, respectent la nature !
Compte-rendu de Jean-Claude Widmann, paru dans la revue LibreSens n°221 de septembre-octobre 2015