James Woody : VIVRE LA LIBERTÉ

VIVRE LA LIBERTÉ
James Woody 
Cerf, 2017, 211 p., 16 €

Un livre qui devrait susciter l’enthousiasme tant il est habité par la joie qui procède de la lecture biblique, de l’écoute de l’hébreu ouvert à tant de différances, comme aurait dit Derrida, de l’attention à tant de nuances décisives de l’Évangile. L’auteur qui fait entendre aussi la mélodie de poètes comme Louis-René des Forêts, Paul Celan... Le décalogue prend un tout autre visage qu’un texte peint sur les murs et ne donnant à penser qu’à des interdits. À chacune de ces dix paroles on a envie d’ajouter « liberté, j’écris ton nom ». Ces paroles sont comme la démonstration de la déclaration initiale : « libérés de la servitude ». Vivre la liberté c’est s’éloigner de tous les dogmatismes, de toutes les contraintes religieuses ou politiques, et surtout témoigner de cette liberté sans chercher à contraindre les autres à s’acheminer vers on ne sait quel horizon radieux. La liberté est proclamée et demeure le résultat d’une démarche individuelle. Point là de stratégie idéologique ou religieuse visant à conquérir des masses. Souvenir, pourrait-on dire, de Georges Crespy qui, devant des jeunes réunis en Hollande, affirmait que « ce n’est pas le nombre qui compte », ou de Paul Ricœur appelant à la responsabilité et à la justice de chacun.
Ce que James Woody fait entendre ici ce sont toutes les harmoniques d’une liberté, tous les secteurs de la vie menée aujourd’hui, chargée de contraintes, de menaces, de déterminismes réels ou imaginaires. On apprend, par cette leçon, à lire et à pratiquer l’Évangile autrement que dans le carcan d’une tradition qui s’est voulue infaillible. C’est maintenant dans les couleurs d’une découverte de sens et de possibilités non perçus qu’il convient de s’acheminer. Oui, la vie peut être autre qu’écrite d’avance, parcourue des rides du chemin parcouru et de la résignation devant les déploiements de l’hybris (la démesure) qui se déploie parmi les nations.
La résistance à toute prétention à dominer le monde fait partie de l’existence sans que toujours l’étiquette chrétienne soit revendiquée. La Bible n’est pas à proprement parler un livre religieux qui conviendrait à des liturgies, des pèlerinages ou des options sur un autre monde. Elle est, pour tout vivant, source de liberté, de créativité, de joie partagée dans l’ici et maintenant de l’existence. Ce ne sont pas les images de la maladie, de la faute et de toute cible non atteinte qui accompagnent la vie et lui donnent sa saveur, mais la liberté assumée dès que - toute lecture faite - Jésus s’éloigne et que le Christ habite tout en tous. Un beau livre qui réconcilie avec la Bible, depuis le parcours abrahamique jusqu’à la Voie indiquée par le Christ.
Compte-rendu de Serge Guilmin, paru dans la revue LibreSens n°231 de mai-juin 2017